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Entretien avec

Jean Georges

Sieffert

le 12 octobre 2011





Myriad : Bonjour, M Sieffert, merci d'accepter de répondre à ces quelques questions. Vous avez remporté le Premier Prix du 25eme Concours Amical, dont le thème était "La forêt", et nous voudrions d'abord savoir qui vous êtes.


JGS : Avant tout, je suis un amateur passionné de musique, très attiré par la création. Marié, 3 enfants et 5 petits-enfants, 65 ans, Ingénieur de formation, Professeur des Universités à la retraite. Contrairement aux générations actuelles nées avec un PC dans leur berceau, je suis né avec une règle à calcul dans une main, et une table de logarithmes dans l’autre. L’informatique n’est donc pas une chose naturelle pour moi.



Myriad : Sur quel matériel travaillez-vous ?


JGS : Je travaille sur un PC portable sous Windows XP, avec la dernière version de HA associée à la base de sons Gold 2.


Myriad : Quel est votre cursus musical ?


JGS : J’ai commencé par le violon à l’âge de 7 ans, instrument que j’ai abandonné à 14 ans, sans doute parce que mon professeur attachait plus d’importance à la technique qu’au plaisir de jouer. Je me suis alors tourné vers le piano que j’ai appris en autodidacte. Il en résulte que ma technique ne sera jamais bonne, mais le plaisir de jouer reste intact. Très rapidement, j’ai commencé à improviser. Et comme je voulais garder une trace de ces modestes mélodies, je les ai transcrites sur papier. Ma première "composition" (une petite sonate) remonte à 1964. Au fil des ans, le piano est devenu un "ami" et une occasion de détente. Et je continuais à écrire manuellement les partitions de mes "œuvres", jusqu’au jour où je me suis dit que, puisqu’on peut tout faire avec un ordinateur, il devait bien exister des logiciels permettant d’obtenir des partitions bien présentées. En débutant candide, j’ai d’abord testé une version de démonstration sans rien connaître à la MAO. Et ce fut le début de l’engrenage. J’ai en effet découvert que non seulement le logiciel permettait d’écrire la partition, mais qu’il la jouait aussi. Et qu’en plus, on avait à sa disposition tout un orchestre, ce qui m’ouvrait des portes insoupçonnées. Je me suis tourné vers HA associé à la base de sons Gold 2 en 2007.


Myriad : Jouez-vous d'un instrument de musique (ou de plusieurs) ?


JGS : Je joue du piano pratiquement tous les jours, souvent à la recherche de la "note bleue" qui malheureusement ne se dévoile que trop rarement, mais dont je peux attester qu’elle existe ! Il y a 10 ans, j’ai enfin eu les moyens de m’offrir un petit piano à queue en remplacement du vieux piano droit qui m’avait accompagné jusque là. Je sors très rarement mon violon de son étui, et aussi peu souvent mon saxophone dont j’adore pourtant le son. Comme beaucoup d’adolescents dans les années 60 ans, j’ai un peu "gratté" la guitare. Et je vais bientôt avoir l’occasion de mettre à l’harmonica !


Myriad : Quels sont vos goûts musicaux ? Vous pouvez citer des artistes ou des genres musicaux si vous le désirez.


JGS : De très loin, c’est la musique dite classique que je préfère, en particulier la période romantique. Je ne comprends rien à la musique dite contemporaine. En revanche, j’aime bien aussi le rock des années 60, le jazz style Nouvelle Orléans et la musique électronique de Jean-Michel Jarre.


Myriad : Plus précisément, en ce moment, quelle musique écoutez-vous ?


JGS : La Symphonie N°3 "avec orgue" de Saint-Saëns sous la direction de Daniel Barenboïm.


Myriad : Quelles musiques n'écoutez-vous pas du tout ?


JGS : Les musiques comme le rap, le pop rock métal, etc… me sont totalement hermétiques.


Myriad : Si l'on vous demandait de choisir une musique qui serait placée dans une capsule à destination des habitants d'Alpha du Centaure, quel serait votre choix ?


JGS : Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss par l’Orchestre Symphonique de Chicago sous la direction de Sir Georg Solti.


Myriad : Si vous deviez être coupé du monde pendant un an, quels sont les deux albums que vous emporteriez avec vous ?


JGS : L’intégrale des Nocturnes de Chopin par Maria Joao Pires et le Concerto pour Violoncelle et Orchestre op 104 d’Anton Dvorak par Gautier Capuçon au violoncelle et l’Orchestre Symphonique de la Radio de Francfort sous la direction de Paavo Järvi.


Myriad : En ce qui concerne l'œuvre qui a remporté le concours, quelle a été votre source d'inspiration ?


JGS : Bonne question ! La Forêt évoque immédiatement une étendue d’arbres mais qui, en elle-même, n’est pas directement une source de sons. Peu à peu a émergé l’idée d’associer la vie qui anime la forêt à des sons. Du coup, le chant des oiseaux, le vent et l’eau se sont imposés comme éléments incontournables. Et qui n’aimerait pas surprendre des lapins, voire des biches accompagnées de leurs faons au détour d’un sentier ? Ceci s’est transformé en vision onirique de lutins et d’ondines. L’eau et le vent ont évolué en orage qui vient d’ailleurs faire avorter la chasse aux animaux de la forêt. Et pourquoi pas un lever de soleil en ouverture, et donc logiquement un coucher de soleil en final ?


Myriad : Quel a été votre cheminement de composition ? (les détails techniques intéresseront les lecteurs)


JGS : Dans le cas qui nous intéresse ici, une fois le plan établi, chaque partie a d’abord été traitée sous forme de brouillon. Pratiquement, les lignes mélodiques, les bases de l’accompagnement, voire les successions d’accord ont été cherchées et définies au piano, et retranscrites avec HA dans des fichiers provisoires en version piano, chaque fichier correspondant à un thème. Parallèlement à cela, je me suis "construit" un Orchestre Symphonique type en positionnant chaque instrument ou groupe d’instruments dans l’espace tels qu’ils seraient positionnés sur la scène d’une salle de concert. Ce n’est pas très difficile à faire en se servant de la grande table de mixage en mode représentation "scène".

Thème par thème, j’ai ensuite choisis l’instrument qui jouera la ligne mélodique (par exemple la clarinette pour les lutins, la flûte pour les ondines, etc…) et les instruments qui joueront l’essentiel de l’accompagnement (les cordes pizzicato pour les lutins, vibraphone pour les ondines, etc…). Ce n’est pas la phase la plus évidente, vue la richesse de la Base de sons Gold 2 : 4 flûtes différentes sont par exemple disponibles. Il suffit alors de copier-coller tout ou partie des fichiers provisoires dans la version orchestrale. Cela fait, il faut affiner la ligne mélodique et l’accompagnement en termes de contenu, de vélocité et d’appuis, introduire les nuances et éventuellement les changements de tempi. La mise en place des instruments dans l’espace s’obtenant en jouant sur le volume de sortie de chaque instrument, il faut rééquilibrer ce volume, ce qui peut être fait en modifiant le gain dans l’equalizer du processeur d’effets associé à chaque instrument. Cela évite d’associer à un pianissimo un coefficient de 200 aux vélocités, ou à l’opposé, à un fortissimo un coefficient de 50 (par exemple).

Les "effets spéciaux" (oiseaux, tonnerre,…) ont été traités à part (y compris la courbe de position stéréophonique) dans un fichier provisoire, puis importés.

Dans le cas qui nous intéresse, je souhaitais avoir un fil rouge qui assure la transition entre chacune des parties thématiques. Ce rôle a été confié aux trombones qui reprennent plus ou moins les 4 dernières mesures de la première partie.

L’étape suivante consiste à compléter l’orchestration et à définir les effets numériques du document. Il ne reste plus (?) alors qu’affiner ligne par ligne, note par note, tous les réglages possibles sur les instruments (effets) et sur les notes (vélocité, appuis, retard, etc..).

Ce n’est qu’une fois qu’on est satisfait du rendu sonore qu’on se polarise sur la présentation et la mise en page de la partition (suppression des instruments finalement non utilisés, transformation en portée multi-voix des différentes cordes arco et pizzicato, titre, indications de jeu, etc…), sans oublier le sens des tiges, la cohérence des altérations, etc…

Et plusieurs itérations entre ces différentes étapes s’avèrent indispensables !


Myriad : Quelles sont vos objectifs ou vos projets dans le domaine de la musique ?


JGS : La recherche de la notoriété ne fait pas partie de mes objectifs : je ne serai jamais qu’un modeste amateur. Je vais continuer à converser avec mon piano et à composer pour mon plaisir et pour celui de ceux qui aiment bien ce que je fais. Je compte explorer dans les prochains temps les possibilités des instruments dits Synthés. Et peut-être me mettre à l’harmonica ?


Myriad : Avez-vous un site Web personnel ?


JGS : Non, je n’en éprouve pas vraiment le besoin. Je préfère les moyens de communication plus directs comme le téléphone et le courriel.


Myriad : Avez-vous un message ou conseil à transmettre aux lecteurs de cette rubrique ?


JGS : Transmettre un conseil ou un message me semblerait bien prétentieux de ma part, quoique…

  • Participer au Concours Myriad est un formidable challenge parce que tous les participants disposent exactement du même outil et du même cahier des charges, et partent donc tous sur un pied d’égalité. Et pour progresser, il est toujours intéressant d’avoir l’opinion des autres sur ce que l’on fait au travers des commentaires des Membres du Jury.

  • Participer au Forum de Myriad permet de partager l’expérience. Ce peut être un gain de temps appréciable lorsqu’on butte sur un problème technique.


Myriad : Quelles autres questions auriez-vous aimé que l'on vous pose ?

Quelles auraient alors été vos réponses ?


JGS : Ça aussi c’est une bonne question ! Vous auriez par exemple pu me demander si j’avais des suggestions concernant HA et la base de sons Gold 2. Je vous aurais répondu qu’on peut à peu près tout faire avec HA, ce qui fait qu’on peut aussi parfois un peu se perdre, surtout quand on débute. Et que parfois, on se heurte à des phénomènes surprenants. Par exemple : il y a 2 possibilités d’humanisation, la première dans Actions > humaniser les vélocités et qui n’intervient que sur les vélocités, et la seconde dans Quantification > humanisation et swing > Imprécision et qui n’intervient semble-t-il que sur le retard et sur l’appui mais de façon simultanée. Sauf erreur de ma part (mais il ya peut-être un raccourci clavier ou autre chose qui m’a échappé), dans ce dernier cas tous les appuis sont d’abord mis à 100, et l’imprécision porte sur cette valeur de base de 100. Ce qui veut dire que si on a traité une succession de notes avec des appuis très différents tout le travail effectué sur ces appuis est perdu. Ne serait-il pas possible d’appliquer l’imprécision sur l’appui réel (comme c’est le cas pour la vélocité) plutôt que sur la valeur de référence 100 ? Et découpler l’imprécision sur le retard et sur l’appui ? Et dans la foulée, réunir l’humanisation (vélocité, appui et retard, voire le swing) dans une fenêtre unique ?


En fait, ce qui me cause le plus de soucis, c’est la qualité finale du son. C’est un sujet qui a fait l’objet de nombreux échanges sur le Forum. Par exemple, 9 violons sont disponibles dans la base de sons Gold 2. Lequel choisir, et en fonction de quel critère ? Quels effets introduire ? Un petit guide serait le bienvenu, au moins pour les instruments les plus courants. Il est exact que pour chaque instrument, un morceau de test en MP3 est disponible et permet de se faire une première idée du rendu de l’instrument. Malheureusement rien ne permet de décoder la façon dont a été obtenu ce morceau de test. A l’écoute, il semble bien que le rendu soit stéréophonique, alors que la base de sons ne contient que des instruments monophoniques. Si c’est bien le cas, on peut se demander quels effets ont été introduits au niveau de l’instrument et/ou au niveau effets numériques du document pour aboutir au morceau de test.


Myriad : Merci d'avoir répondu à ces quelques questions.


JGS : Encore une fois merci à toute l’équipe Myriad pour l’organisation des Concours amicaux. Merci aussi aux Membres du Jury et à tous ceux qui ont posté un petit mot d’encouragement aux participants. Et bonne chance aux participants au 26ème Concours.

Merci aussi pour cet entretien. J’espère ne pas avoir été trop long dans mes réponses, mais les sujets qui ont été abordés me rendent intarissable !


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