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Entretien avec
Franck Aguila
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le 23 janvier 2004
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Myriad : Bonjour, M Aguila, merci d'accepter
de répondre à ces quelques questions. Vous avez
remporté le Premier Prix du
6ème Concours Amical de Musique avec votre oeuvre
"DOG's little pink house" et nous voudrions d'abord savoir qui
vous êtes.
Pouvez-vous vous
présenter ?
F.A. : 46 ans, 2 enfants,... non 3 (je l'oublie toujours depuis
qu'il m'a fait grand-père), photographe de formation,
infographiste par évolution. Et pour les
à-côtés : dessin, peinture,
littérature,
randonnée, spéléo, naturalisme (ralisme, pas
risme !). Et pour les choses qui fâchent : athée,
iconoclaste, polémiste. Je vis dans le sud de la France, sur
la Côte d'Azur, dans un petit village face aux remparts de
Saint-Paul de Vence.
Myriad : Sur quel matériel
travaillez vous ?
F.A. : Sur un iMac DVSE 400 avec 256Mo de RAM, c'est-à-dire
tel qu'il était à son acquisition en 2001, c'est vous
dire l'importance que j'y attache.
Myriad : Quel est votre cursus
musical ?
F.A. : Sur le plan de la formation "technique" : un professeur de
guitare classique pendant deux ou trois ans, puis une longue
période autodidacte, ponctuée d'expériences
dans divers styles, mais toujours très sages, bien comme il
faut, sans Larsen, sans distorsion... Quelques stages divers, et
enfin une classe de Jazz au Conservatoire. Sur le plan purement
musical : à treize/quatorze ans ma première guitare
était surtout un excellent moyen d'emballer les filles.
C'était l'époque "baba cool" où il suffisait
de bafouiller quelques protest-songs et de dormir sous un poster du
Che pour me donner le genre activiste engagé tant
apprécié. De Bob Dylan au folk song, il n'y a qu'un
pas, d'autant plus facile à faire qu'on ne comprend rien
à ce qu'on chante. Une fois dans ce bain, et ne faisant
toujours aucun progrès en anglais, j'ai été de
plus en plus attiré par les formes instrumentales de cette
musique : le country, puis le bluegrass, et en remontant les
origines je suis revenu aux musiques populaires traditionnelles
européennes. Quand j'ai commencé à
m'intéresser aux musiques d'Europe de l'Est, on m'a fait
découvrir Django Reinhardt.
Myriad : Jouez-vous d'un
instrument de musique (ou de plusieurs) ?
F.A. : Surtout de la guitare, mais durant ma période
bluegrass, je me suis mis à tout ce qui pouvait avoir un
manche et des cordes : violon, banjo, mandoline, basse...
Myriad : Quels sont vos
goûts musicaux ?
F.A. : Des goûts très éclectiques. Pour
simplifier, je dirais que j'aime une musique quand elle me donne
envie d'en faire. C'est quelque chose qui peut se produire avec
à peu près n'importe quel
genre musical. Je ne vois que Stockhausen et Eminem pour y
échapper.
Et bien que le jazz soit ma tasse de thé dans les deux
domaines de la composition et de l'interprétation, il s'y
trouve des formes que j'ai beaucoup de mal à supporter...
Dixieland, New Orleans et Revival...
Myriad : Plus
précisément, en ce moment, quelle musique
écoutez-vous ?
F.A. : En ce moment j'ai une petite passion pour Henry Purcell
(rien à voir avec le catalogue de Blue Note). Mais il est
très rare que j'écoute volontairement une musique.
Quand ça m'arrive c'est pour
l'analyser, pour en retirer quelque chose. Je n'ai pas,
vis-à-vis de la musique, une attitude de mélomane. Je
ne me vois pas mettre un disque et m'installer dans un fauteuil
pour m'en laisser bercer, j'aurais l'impression de perdre mon
temps.
Myriad : Quelles musiques
n'écoutez-vous plus du tout ?
F.A. : Les guitaristes de jazz !!! D'une manière
générale, c'est un conseil que je donne à tous
ceux qui jouent du jazz, mais qui n'ont pas le temps de travailler
: n'écoutez pas les "maîtres" de l'instrument dont
vous jouez, vous n'y arriverez pas et vous n'oserez jamais vous
lancer, à moins d'être inconscient. Lorsque
j'écoutais Joe Pass, Wes Montgomery et Kenny Burrell, c'est
leur technique que j'écoutais : elle me semblait totalement
inaccessible.
Le jour où j'ai enfin "condescendu" à écouter
Coltrane, Miles Davis ou Wayne Shorter, j'ai enfin
écouté le phrasé et découvert
l'importance du rythme et des accentuations. Et là j'en ai
retiré quelque chose. A tel point que mon prof de jazz,
saxophoniste lui-même, trouvait que je jouais de la guitare
comme un saxophoniste... hmmm, tout compte fait, je ne suis pas
sûr qu'il s'agisse d'un compliment...
Myriad : Si l'on vous demandait
de choisir une musique qui serait placéedans une capsule
à destination des habitants d'Alpha du Centaure, quel serait
votre choix ?
F.A. : André Rieu, pour leur faire une farce... et c'est
là qu'ils nous déclarent la guerre intergalactique,
parce qu'ils préfèrent Richard Clayderman ! Non
sérieusement, vous vous attendiez à quoi ?
Quitte à envoyer aussi loin quelque chose, autant se
débarrasser du pire...
Myriad : Si vous deviez
être coupé du monde pendant un an, quels sont
les
deux albums que vous emporteriez
avec vous ?
F.A. : "The dynamic duo" de Jimmy Smith et Wes Montgomery, si on
n'a pas écouté ça on ne peut pas savoir ce que
veut dire "complicité". Et le CD des musiques de démo
de Myriad, pour me sentir moins seul.
Myriad : En ce qui concerne
l'oeuvre qui a remporté le concours, quelle a
été votre source d'inspiration ?
F.A. : Je venais de revoir le film Hatari! (avec le point
d'exclamation) de Howard Hawks, avec John Wayne, Hardy Krüger,
Gérard Blain, et surtout une musique d'Henry Mancini qui
sévissait déjà dans
le genre animalier. Quand on reécoute ça maintenant,
pour en retrouver la crédibilité sur des images de
safari africain, il faut se secouer et oublier toutes les
utilisations qu'en a fait la publicité : déodorants,
petits pots pour bébés, papier hygiénique
!!!
J'ai eu simplement l'envie d'en retrouver le climat, mais ce n'est
plus perceptible que dans les rapports basse/congas. Quant au
titre, son seul rapport avec le reste se situe au niveau du
cassoulet à la graisse de rhinocéros... Quoi ? ...
Comment ça une erreur ???
Myriad : Quel a été
votre cheminement de composition ?
F.A. : En jazz, je ne compose jamais à partir d'une
mélodie que j'harmonise. Je pars d'un plan harmonique et je
me fixe une contrainte de style. J'enregistre sur bande
magnétique une rythmique à la guitare et je chante
par dessus. Enfin, quand je dis que je chante... je PENSE que je
chante, et le thème finit par en sortir. C'est très
cérébral, et en même temps très
Shakespearien. (Shakespearien en ce sens qu'en mettant des millions
de neurones devant une grille harmonique, ça finit par
produire des bananes...)
Mais il est très important à ce moment de ne pas
rechercher ce thème sur ma guitare : si je le faisais, je
serais tenté par des petites élégances
guitaristiques, des gimmicks flatteurs mais qui surchargeraient
inutilement le thème que je veux très simple et
discret. Sur DOG's Little Pink House, c'est tellement réussi
qu'on se demande même s'il y en a un ! Avec Harmony, il ne
s'agit pas seulement de développer un thème sur une
progression intéressante, j'ai envie de faire quelque chose
de plus abouti en transgressant un tabou du jazz : ECRIRE des
chorus ! Il est d'ailleurs intéressant de remarquer que
cette idée ne m'éfleurerait même pas avec
Finale ou Sibelius. Sans doute parce que le travail sur le son,
l'expression et le rendu ne me semble pas faire partie de leur
priorités. Dans ce morceau, j'ai beaucoup insisté sur
le réalisme des octaves jouées par la guitare. Si
vous regardez bien la partition vous verrez qu'entre les deux notes
de chaque octave, il y a une note très
étouffée à la quinte ou la quinte
diminuée de la note basse : c'est cette satanée corde
qui se trouve toujours au milieu et qu'on doit étouffer avec
le plat de l'index gauche. Vous verrez aussi que cette guitare est
le résultat de la fusion de deux sons différents, que
ces deux sons ne sont pas toujours à la même octave,
et qu'il y a parfois de légères différences de
retard entre eux. J'utilise le même procédé
pour le chorus de la basse, doublée d'un son de voix
synthétiques.
Myriad : Avez vous une anectode
à narrer ?
F.A. : Quand vous m'avez annoncé le résultat de ce
concours, vous veniez juste de découvrir l'existence de la
DOG's Story
sur le site de Sylvain Machefert et vous étiez très
embêtés par d'éventuels soupçons de
collusion et de favoritisme. Conséquence : je n'ai pas
soufflé dans mon harmonica avant plusieurs mois, de peur de
devoir le remettre en jeu à la suite d'une
réclamation.
Myriad : Quelles sont vos
objectifs ou vos projets dans le domaine de la musique ?
F.A. : Jeter enfin un oeil sur la doc d'Harmony... je plaisante
à peine. Plus sérieusement, j'ai une quantité
phénoménale de compositions en cours, mais ce que
j'aimerais développer pour l'instant, c'est une série
de courtes compositions parodiant des styles de musique de films.
Pour l'instant, j'ai le western à la John Ford, le polar
franchouillard à la Melville, le road movie dans le style
Sam Peckinpah, l'horreur kitsch de Dario Argento. C'est assez
marrant à réaliser, ça pourrait même
faire l'objet d'un concours avec sujet imposé dans lequel
l'humour et la justesse de la caricature seraient des
critères d'appréciation. Dans le domaine de la
musique "pour de vrai", avec des vrais instruments et des vrais
gens au bout, j'ai envie de monter un quintet, j'ai le
contrebassiste, le sax/trompette et le local, mais j'ai un pianiste
sans piano et je cherche un batteur sans trop de batterie par
manque de place. L'idéal : un mec tout petit qui fasse
"poum-tchac" avec la bouche.
Myriad : Avez-vous un site Web
personnel ?
F.A. : Pour ça il faudrait aussi que je jette un oeil sur la
doc de DreamWeaver. Pour l'instant je me contente de squatter les
sites des amis.
Myriad : Avez-vous un message ou
conseil à transmettre aux lecteurs de
cette rubrique ?
F.A. : Heu... y'en a un parmi vous qui sait imiter le bruit de la
batterie avec la bouche ?
Myriad : Quelles autres questions
auriez-vous aimé que l'on vous pose ?
F.A. : Etes-vous content de vos réponses ?
Myriad : Quelles auraient alors
été vos réponses ?
F.A. : Vous avez de ces questions !
Myriad : Merci d'avoir
répondu à ces quelques questions.
F.A. : C'était un plaisir, Monsieur Myriad...
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